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 Le rapport préliminaire déposé aujourd’hui par Paul Saint-Pierre-Plamondon, résultant de sa tournée Oser Repenser le PQ, a fait bien du bruit dans les médias vu qu’il critiquait durement le Parti Québécois et ses partisans. Dans ses constats, Paul énonçait le manque d’appui des jeunes ou du moins, leur manque d’intérêt, envers le fabuleux projet qu’est la fondation de la République du Québec. Étant moi-même étudiant au secondaire, je pense être qualifié pour expliquer plus en profondeur le rapport singulier qui unit, ou au contraire sépare, la jeunesse québécoise de l’idéal indépendantiste.

Avant de commencer, je tiens à mettre au clair le contexte où j’ai pu observer ce qui suivra. Je fréquente une école secondaire privée, donc assez aisée financièrement, remplie d’immigrants et de la région de la Capitale-Nationale, réputée pour son mépris de l’option souverainiste, alors vous vous doutez bien qu’il y a du dédain pour le Parti Québécois et tout ce qu’il incarne entre les murs de mon établissement scolaire.

Comme le détaille mon premier article sur ce blogue, j’ai commencé à m’intéresser au Parti Québécois et à la souveraineté en janvier 2016 environ et dès lors, j’ai essayé de tâter le pouls de mes camarades là-dessus. En écoutant, en réfléchissant et en tentant de convaincre mes pairs d’adhérer au plus beau voyage, j’ai discerné quatre grandes mentalités chez eux, reflétant quatre réalités bien différentes.

Les patriotes

Les jeunes que je qualifierais de patriotes sont en réalité des souverainistes qui n’ont jamais pris la peine de se questionner sur leur place dans le paysage politique. Souvent très à gauche, ils s’identifient aux valeurs du Parti Québécois sans trop en être conscients, mais peuvent être très facilement convaincus, car ils sont déjà favorables au pays dans leur for intérieur. Ils sont Québécois avant tout et la simple mention (ou plutôt explication) d’évènements comme la Crise d’octobre ou la nuit des longs couteaux suffit allègrement à les faire passer dans le camp souverainiste.

D’ailleurs, je tiens à préciser que si les parents québécois prenaient le temps de parler de politique avec leurs enfants, le nombre de patriotes, que j’évaluerais à 10% des jeunes de mon école, augmenterait incroyablement, puisque 49% des Québécois étaient favorables à l’indépendance le 30 octobre 1995 et que le goût d’un pays, ça ne se perd jamais. Il faut parfois aller le chatouiller un peu, mais il reste toujours ancré dans notre cœur et dans nos valeurs.

Les indifférents

La seconde mentalité régnant chez les étudiants du secondaire est l’indifférence pure et dure. Les indifférents ont rarement des opinions politiques bien définies et encore moins des opinions réfléchies, mais s’en foutent éperdûment, ce qui rend le dialogue politique avec eux parfois extrêmement frustrant. Centrés sur leur petite personne, ils ignorent tout des combats pour la langue et l’identité du Québec les ayant précédés et refusent d’en être informés. Mais ce qui me chagrine profondément de leur attitude, c’est qu’ils compensent leur ignorance des enjeux par un mépris de ceux qui sont conscientisés à ces derniers et qui ont choisi de prendre position. Une fois que le mépris est ancré, impossible de discuter avec eux puisqu’ils font tout pour antagoniser celui qui a des convictions afin de se sentir moins mal de ne pas en avoir.

Que faire pour les pousser à réfléchir à l’avenir de leur société ? Je croyais au début qu’il me serait impossible de faire fléchir l’indifférence, mais j’ai pu observer ces mêmes gens qui insultaient le PQ dans ma face pour me fair réagir (sans toutefois connaître les positions du parti bien sûr) prendre position durant la campagne électorale américaine et bâtir un argumentaire un tantinet broche à foin, mais définitivement mieux que rien. À la lumière de cela, je me dis qu’il faut un véritable débat polarisant pour qu’ils se sortent la tête du sable et quel débat est plus polarisant au Québec qu’une campagne référendaire ? En effet, je crois qu’une campagne référendaire et tout le foisonnement d’idées et de couverture médiatique qu’elle implique suffirait à faire prendre conscience aux indifférents, qui composent environ 50% des jeunes selon mes observations, et qu’une bonne partie d’entre eux se rangeraient derrière le camp du changement une fois informés.

Les fédéralistes économiques

En parlant ouvertement d’indépendance à mon école, ce qui n’avait visiblement jamais été fait à en juger de par la réaction de tous, je me fais couramment traiter par une minorité, je tiens à le préciser, de « crisse de séparatiste» avec la plus grande agressivité. Or, cette violence dans le langage ne me semble guère plus qu’un tic, car une fois qu’ils ont à préciser leur pensée, j’ai droit à un argumentaire qui s’effrite et qui est loin de tenir la route. Attention, aucun d’eux ne mentionne son attachement fort au beau Canada uni, ni son opposition à l’autodétermination des peuples ou sa parenté en Colombie-Britannique, ce qui ferait de lui un fédéraliste réfléchi. Le seul argument en tant que tel qui revient toujours est le mensonge que le Canada sert au Québec à chaque campagne référendaire : le Québec n’aurait pas les moyens de s’autosuffire. Or, le budget de l’an 1 de François Legault ne prévoyait-il pas des surplus de 5 à 7 milliards de dollars une fois la souveraineté atteinte ?

Comment convaincre ces jeunes qui ont souvent un dédain très fort pour la « marque » Parti Québécois tout en adhérant plus souvent qu’autrement aux valeurs du parti et qui forment environ 20% des élèves de mon école ? (Ne l’oublions pas, les observations ont eu lieu à Québec, ce pourcentage est sans doute bien plus bas ailleurs) C’est fort simple, en démontant leur argumentaire de misère basé sur l’illusion que le Québec serait plus pauvre sans le Canada en montrant des chiffres concrets appuyant l’option indépendantiste. Lorsqu’ils verront que la seule chose qui les retenait dans ce Canada dont ils ne veulent rien savoir était un mensonge, ils n’y repenseront pas à deux fois avant de cocher OUI.

PS : Le paragraphe ci-dessus s’applique aussi à bien des adultes craignant des années de « vache maigre » après l’indépendance.

Les immigrants

Le dernier groupe que j’ai pu déceler lors de mes observations est constitué des immigrants, qui forment environ 20% de mes camarades et du Québec. Contrairement au préjugé, les néo-québécois ne sont pas fondamentalement contre l’indépendance, loin de là. Ils votent en grande majorité pour le Parti Libéral parce qu’on leur a dit : « Tu es un immigrant, alors tu votes PLQ. » On n’a jamais cherché à faire le premier pas pour aller concrètement leur expliquer ce que la souveraineté leur apporterait en dehors de la préservation de la langue française et de la culture québécoise, argument n’ayant que très peu de valeur à leurs yeux par rapport à d’autres.

En échangeant avec les jeunes immigrants qui fréquentent mon école, je n’ai jamais décelé chez l’un d’entre eux les valeurs du Parti Libéral du Québec. Les élèves de 16 ans, quelles que soient leurs origines, sont très rarement en faveur de la droite économique et encore moins passionnés par la corruption intense à la base du parti de Philippe Couillard. Il n’a suffi que d’une petite explication des positions du PLQ vis-à-vis le PQ pour convaincre un de mes amis anglo-québécois de considérer le Parti Québécois lorsqu’il ira voter en 2022, étant trop jeune pour aller aux urnes en 2018.

 

Conclusions :

  • Le Parti Libéral, qui adore dire que la souveraineté est impopulaire chez les jeunes et que le Parti Québécois mourra d’un jour à l’autre, ne récolte quasiment aucun appui chez les jeunes, assez pour qu’on s’inquiète de sa disparition d’ici une cinquantaine d’années.
  • La jeunesse partage en majorité les valeurs de base du Parti Québécois, mais ne le sait que très rarement.
  • Il est important que les parents qui conservent toujours l’espoir de voir le Québec réaliser son plein potentiel parlent à leurs enfants de politique sinon, cela entraîne l’indifférence.
  • Certains adolescents partagent les valeurs du PQ, mais ont tellement été conditionnés par leur milieu à détester le parti qu’ils ne veulent rien savoir. Note : ce phénomène est peut-être unique à Québec.
  • Les néo-québécois ne demandent pas mieux que d’adhérer à un projet de société, il suffit de ne pas les exclure d’office et d’adapter le discours indépendantiste aux enjeux qui les touchent.
  • La vaste majorité des jeunes ne se sentent pas canadiens, ils se sentent québécois d’abord et avant tout. À partir de là, la porte est grande ouverte pour les convaincre du bien-fondé de la souveraineté.
  • Ce qui rend la pilule de l’indépendance difficile à avaler pour certains Québécois, petits et grands, c’est l’aspect économique. Il faut leur prouver que le Québec est capable de se gérer par lui-même et de s’affranchir de sa dépendance au Canada pour aller chercher leur appui.






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